La présence de sang sur un frottis cervical augmente le risque que l’échantillon soit difficilement exploitable ou non interprétable. Les laboratoires et les sociétés savantes recommandent, dans la mesure du possible, de réaliser un prélèvement en dehors des règles. Cependant, des situations cliniques ou logistiques peuvent rendre nécessaire un prélèvement pendant les règles. Cet article décrit pourquoi le sang pose problème, quelles alternatives existent et comment organiser la prise en charge pour limiter les faux négatifs et les convocations inutiles.
Pourquoi le sang gêne-t-il l’interprétation cytologique ?
Le sang contient des globules rouges, des débris cellulaires et des cellules inflammatoires qui peuvent masquer ou altérer l’aspect des cellules épithéliales recherchées sur la lame. À la lecture au microscope, le technicien peut voir des cellules noyées dans un fond sanguinolent, des noyaux masqués ou des artefacts colorés qui compliquent l’interprétation. En pratique, la présence de sang augmente le taux de lames jugées « non évaluables » et le risque de faux négatifs si des anomalies passent inaperçues.
Impact sur la sensibilité des méthodes de dépistage
La sensibilité de la cytologie (frottis conventionnel ou en milieu liquide) pour détecter des lésions de grade CIN2+ varie selon les séries, souvent située entre 50 et 70 %. Le test de recherche de l’ADN du papillomavirus humain (HPV) par PCR est plus sensible, autour de 90 à 95 % pour détecter les lésions significatives. Le sang perturbe davantage la cytologie que la PCR ; en conséquence, un test HPV est moins affecté par la présence de sang et peut être préféré si le prélèvement tombe pendant les règles.
Quand maintenir le rendez-vous et quand reporter ?
La décision de maintenir ou reporter dépend de plusieurs éléments : l’abondance des règles, le motif du rendez-vous (dépistage de routine versus saignement anormal), les possibilités logistiques du patient et la politique du laboratoire. Si les règles sont très abondantes, il est préférable de reporter le frottis. Si les règles sont très légères ou limitées à quelques taches, certains cabinets acceptent de réaliser le prélèvement en signalant la présence de sang. En cas de saignement anormal ou persistant, l’examen clinique et un prélèvement immédiat peuvent être nécessaires et ne doivent pas être différés.
Exceptions justifiant un prélèvement immédiat
- Saignement intermenstruel, métrorragie ou saignement postcoïtal nécessitant exploration rapide.
- Suspicion clinique de lésion visible au col (ulcération, masse) ou symptômes inquiétants.
- Impossibilité de recontacter la patiente ou risque élevé de perte de suivi si le rendez-vous est reporté.
Checklist pratique à transmettre au secrétariat ou au laboratoire
Pour limiter les pertes de temps et les frottis non exploitables, voici une checklist à utiliser systématiquement :
- Préciser lors de la prise de rendez-vous si la patiente est réglée et estimer l’abondance (légère, modérée, abondante).
- Informer le praticien pour qu’il décide en amont de maintenir ou reporter.
- S’il est décidé de réaliser le prélèvement malgré les règles, noter cette information sur le bon de labo afin que le technicien adapte son protocole et puisse prévoir une reprise si nécessaire.
- Planifier une date de reprise (dans les 1 à 3 mois) au cas où l’échantillon serait jugé non exploitable.
Alternatives au frottis pendant les règles
Le test HPV par PCR sur prélèvement clinique est moins perturbé par la présence de sang et peut être proposé comme alternative au frottis cytologique. L’autoprélèvement pour la recherche d’ADN HPV est une option validée pour le dépistage et peut être réalisé à domicile hors des règles. L’autoprélèvement présente une sensibilité légèrement inférieure au prélèvement clinique mais reste acceptable pour le dépistage, et il évite la contrainte du calendrier menstruel si la patiente attend la fin des règles pour réaliser le prélèvement médico-administratif.
Conseils pour l’autoprélèvement
Si l’autoprélèvement est envisagé, la patiente doit être informée des instructions précises (absence d’utilisation de douche vaginale avant le prélèvement, réaliser le prélèvement hors règles si possible, bien suivre les étapes du kit). Il est utile de proposer l’envoi d’un kit à domicile lorsque le rendez-vous coïncide avec les règles et qu’un report est souhaité.
Communication et traçabilité
Il est important de documenter la présence de règles et la décision prise (maintenir le prélèvement, réaliser un test HPV, ou reporter). Cette traçabilité permet de justifier la conduite et d’organiser une reprise si nécessaire. Informer le laboratoire de la présence de sang sur l’échantillon permet au technicien de signaler un éventuel non-exploitable et d’indiquer la nécessité d’une nouvelle convocation.
En résumé, privilégier un prélèvement hors règles réduit le risque d’échantillon non exploitable pour la cytologie. En cas d’impossibilité de reporter, évaluer l’abondance des règles, informer le praticien et le laboratoire, et envisager l’option d’un test HPV ou d’un autoprélèvement. En présence de saignements anormaux ou d’urgence clinique, le prélèvement et l’exploration ne doivent pas être retardés. Une bonne communication et une planification d’une reprise éventuelle sont essentielles pour maintenir la qualité du dépistage.